Qui est le peuple le plus gentil au monde ?

Chaque année, plusieurs enquêtes tentent de mesurer la gentillesse des peuples à travers le monde. Les résultats varient selon la méthodologie retenue : accueil des touristes, facilité d’intégration des expatriés, générosité entre inconnus ou confiance interpersonnelle. Aucun classement universel ne fait consensus, mais certaines populations reviennent régulièrement en tête, quel que soit le critère observé. La question du peuple le plus gentil au monde dépend donc autant de ce qu’on mesure que de qui répond.

Ce que mesurent vraiment les classements d’hospitalité

La plupart des palmarès médiatisés reposent sur des enquêtes déclaratives. L’étude Remitly, citée par Ouest-France, interroge des résidents de 25 pays sur leur perception de la sympathie de leurs compatriotes et de leurs voisins. Le biais est notable : on demande aux habitants de s’auto-évaluer ou d’évaluer des populations qu’ils côtoient peu.

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L’enquête InterNations Expat Insider 2025 adopte une approche différente. Elle sonde des expatriés installés dans un pays depuis au moins un an. Le critère n’est plus la politesse en surface, mais la capacité à nouer des amitiés durables avec la population locale. Les résultats divergent sensiblement des classements touristiques.

Un pays peut se montrer très accueillant envers les visiteurs de passage sans offrir une intégration sociale profonde. Les Pays-Bas illustrent cet écart : bien classés dans certaines enquêtes générales, ils arrivent parmi les derniers pour la facilité à se faire des amis, avec seulement 36 % des expatriés trouvant cette intégration facile.

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Groupe multiculturel de personnes partageant un repas convivial en plein air dans un parc urbain, symbolisant la gentillesse entre les peuples

Indonésie, Colombie, Costa Rica : les pays qui dominent les enquêtes expatriés

Selon les données d’InterNations Expat Insider 2025, l’Indonésie se place en tête pour la convivialité des habitants locaux. La Colombie et le Mexique suivent de près. Ce trio ne correspond pas aux listes habituelles centrées sur le tourisme, où l’on retrouve plutôt le Cambodge, le Portugal ou l’Irlande.

L’Indonésie se distingue sur un point précis : 71 % des expatriés déclarent y avoir noué facilement des amitiés locales. Ce chiffre dépasse largement la moyenne mondiale des enquêtes comparables. La culture javanaise du gotong royong (entraide communautaire) et la tradition d’accueil dans les îles moins touristiques expliquent en partie ce résultat.

Le Costa Rica obtient un score différent mais tout aussi remarquable. Il arrive premier pour la facilité générale d’installation : 88 % des expatriés disent s’y sentir bien accueillis et la quasi-totalité évalue positivement la convivialité des habitants. Le pays « le plus gentil » change donc selon qu’on mesure l’accueil initial, l’intégration sociale ou la capacité à créer des liens profonds.

Pourquoi ces pays et pas d’autres

Trois facteurs reviennent dans les analyses :

  • Une culture où l’étranger est perçu comme un invité, pas comme une menace économique ou culturelle. C’est le cas dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est et de l’Amérique latine.
  • Un tissu social encore structuré autour de la communauté locale, avec des interactions quotidiennes entre voisins, commerçants et nouveaux arrivants.
  • Un rapport au temps moins contractuel qu’en Europe du Nord, ce qui favorise les conversations spontanées et les invitations informelles.

Ces éléments ne font pas d’un peuple un peuple « gentil » par nature. Ils créent un contexte où la gentillesse perçue par un visiteur étranger a plus de chances de se manifester.

Accueil touristique et gentillesse quotidienne : deux réalités distinctes

Les classements axés sur le tourisme placent souvent le Cambodge, la Thaïlande ou le Portugal en tête. Le Cambodge a été élu pays le plus accueillant au monde à plusieurs reprises dans des sondages grand public. Les voyageurs décrivent des sourires constants, une aide spontanée et une patience remarquable face aux barrières linguistiques.

Cette hospitalité touristique ne reflète pas toujours les rapports sociaux internes. Un pays peut réserver un accueil chaleureux aux visiteurs tout en connaissant des tensions communautaires. La Thaïlande, surnommée « pays du sourire », illustre cette dualité : l’accueil des voyageurs y est exemplaire, mais l’intégration à long terme des étrangers reste plus complexe selon les enquêtes expatriés.

Jeune homme danois aidant une femme âgée à ramasser ses courses dans une rue pavée d'une ville européenne, illustrant la bienveillance culturelle

Le Canada et l’Irlande occupent une place à part. Leur réputation de gentillesse repose moins sur le rapport au touriste que sur des normes sociales de politesse ancrées dans la culture. La courtoisie canadienne, souvent caricaturée, correspond à une réalité mesurable dans les enquêtes sur la confiance interpersonnelle.

Les limites de la notion de « peuple le plus gentil »

Réduire la gentillesse d’une population à un classement pose un problème méthodologique. Les enquêtes mesurent des moyennes, pas des individus. Un pays classé premier compte des habitants désagréables, et un pays mal classé abrite des personnes d’une générosité exceptionnelle.

Les données du World Happiness Report montrent que la confiance et la générosité entre inconnus varient davantage selon les contextes urbains ou ruraux qu’entre les pays eux-mêmes. La gentillesse dépend du contexte local autant que de la culture nationale.

Le public interrogé influence aussi le résultat. Les expatriés occidentaux, majoritaires dans les panels d’InterNations, évaluent la gentillesse à travers leurs propres codes culturels. Un accueil jugé « froid » par un Français peut être perçu comme « respectueux » par un Japonais. Les classements mesurent donc un croisement entre la culture d’accueil et la culture d’origine de l’observateur.

Ce que les enquêtes ne captent pas

Aucun sondage ne mesure la gentillesse dans les situations de crise, d’urgence ou de difficulté quotidienne. L’entraide spontanée lors d’une catastrophe naturelle, la solidarité de voisinage dans un quartier populaire, l’aide apportée à un inconnu en panne sur une route isolée : ces gestes échappent aux méthodologies standardisées.

Le Malawi, surnommé « the warm heart of Africa », apparaît dans plusieurs classements malgré un très faible nombre de touristes ou d’expatriés sondés. Sa réputation repose davantage sur des récits de voyageurs que sur des données statistiques robustes.

Si l’on s’en tient aux enquêtes les plus récentes et les plus structurées, l’Indonésie et le Costa Rica se détachent pour la gentillesse perçue par des étrangers installés durablement. Pour les voyageurs de passage, le Cambodge et la Thaïlande conservent leur avance. Le peuple le plus gentil au monde dépend de la question qu’on pose, et surtout de la personne à qui on la pose.